Je m’apprête à te partager une histoire TRÈS intime, celle de la naissance de ma fille.
J’ai envie de te la raconter, car je crois que c’est important de témoigner qu’il est possible d’enfanter en suivant son instinct, en s’incarnant totalement et en gardant un pouvoir décisionnel quand on est entouré par les bonnes personnes, par des gens qui croient en nous et qui connaissent le processus physiologique de la naissance.
J’en suis ressortie si forte.
Depuis, je puise dans cette expérience pour accompagner, en toute humilité, les familles dans la naissance de leur enfant. Comme si j’avais un trop plein d’amour à partager.

Cette histoire ne représente pas un idéal ni une marche à suivre. Elle n’implique ni jugement ni glorification de certitudes, au-delà de ma foi en la puissance d’une mère qui enfante et la bienveillance de son entourage. Il ne s’agit que de ma perception propre des événements.
Il existe autant de façons d’enfanter qu’il y a d’enfant né.

Quand on dit qu’un travail qui commence par la perte des eaux, c’est super rare, qu’une maman qui se lamente dès que les eaux coulent, ça n’arrive que dans les films… Eh bien, j’ai vécu tout un film d’aventures.
Malgré mes quelques expériences en salle de travail avec les mamans, rien n’aurait pu me préparer à incarner cette force.

Matin du 22 octobre 2020
J’étais enceinte depuis 41 semaines et 2 jours. J’avais rendez-vous avec l’une de mes sage-femmes.
Par chance, ma grossesse ne présentait aucun facteur de risque, ce qui me laissait une certaine latitude.
Ce matin-là, je commençais cependant à être nerveuse. Je craignais de devoir passer par un déclenchement en centre hospitalier pour dépassement de terme. Ça ne faisait pas partie de ce que j’avais imaginé pour accueillir ma fille.
J’avais déjà intégré l’huile d’onagre, le tire-lait, la tisane de framboisier, les dattes, etc.
Les 42 semaines butoir arrivaient rapidement et chaque journée sans signe de début de travail ajoutait quelques grains au sablier.
Lors du rendez-vous, ma sage-femme m’a proposé de vérifier si mon col avait travaillé et si bébé semblait plus bas. J’ai accepté.
Mon col semblait favorable pour un stripping et la tête de mon bébé était bien basse. Elle m’a proposé un stripping (décollement des membranes), que j’ai d’abord refusé.
Voyant que j’étais plutôt hésitante, de son calme et habituel, elle s’est assurée que j’aie toute l’information nécessaire. Elle m’a suggéré de prendre quelques heures pour y réfléchir et m’a laissé savoir qu’elle était disponible pendant l’après-midi…

Je suis allée marcher avec mon amoureux. Nous avons discuté de nos feelings. J’avais entendu des témoignages de femmes autour de moi à propos de ce fameux stripping et à quel point le moment pouvait être inconfortable. Cette partie me faisait un peu peur. Je connaissais également les risques que la manœuvre comportait, ses bémols et ses bénéfices potentiels.
Nous sommes allés nous procureur quelques huiles essentielles pour que mon amoureux puisse me faire des massages ciblés, dans l’idée de stimuler un peu mon corps.
Pour soulager ma conscience et pour me sentir pleinement active dans le processus, je voulais tenter d’initier la naissance de façon plus autonome possible avant de recevoir une intervention.
Après avoir mûrement réfléchi, en paix avec ma décision, nous sommes retournés à la maison de naissance en milieu d’après-midi pour accepter un stripping.
La manœuvre s’est faite très doucement et à mon rythme. Je ne dirais pas que je n’ai rien senti du tout, mais aucune douleur en tout cas. J’étais rassurée et confiante d’avoir fait le bon choix.
Nous sommes retournés marcher… plus lentement. Bébé appuyait bien dans mon bassin. À notre retour chez nous, mon amoureux m’a longuement massé le bas du dos, le haut des fesses, les chevilles, les mollets, les épaules. J’étais très détendue.

Soirée du 22 octobre 2020
Ensuite, est venue l’heure du souper. J’ai mangé avec appétit.
Peu de temps après le repas, j’ai senti quelques tiraillements dans le bas de mon ventre. J’ai d’abord mis cela sur le dos de la digestion… Mais au bout d’un moment, j’ai remarqué que la sensation, si douce qu’elle était difficilement perceptible, allait et venait. J’ai ouvert mon application calculatrice de contractions.
C’était la toute première fois que je ressentais ce genre de pression. Sans repère, je pouvais difficilement affirmer qu’il s’agissait bien de contractions.

J’ai voulu calculer leur fréquence.
5 minutes, 12 minutes, 3 minutes, 8 minutes. Plutôt irrégulières.
Je me suis dit qu’un bain m’aiderait à me détendre et à clarifier le tout.
Dans l’eau chaude jusqu’au cou, mais le bedon bien sec, je calculais encore.
15 minutes, 4 minutes, 7 minutes…
Au bout d’un moment, l’eau est devenue tiède. Je suis montée m’étendre un peu, blottie contre mon amoureux, sachant que cette nuit serait probablement notre dernière à deux.

J’ai fermé les yeux puis respiré profondément. Je me suis laissé m’alourdir.
J’avais une chanson de Daniel Bélanger dans la tête. « Les vents sont favorables… et les astres s’alignent »… C’était « Quatre saisons dans le désordre ». La douce voix de l’auteur venait calmer mon esprit avant l’arrivée de la tempête qui se dessinait à l’horizon…

Avant d’avoir le temps de somnoler, ma Boubou donne un GRAND COUP de l’intérieur et les eaux se vident dans le lit.
Je vérifie l’aspect du liquide.
Clair, quelques filaments sanguins, inodore. Ouf. Soulagement.
Un peu en panique, dans un état second, j’appelle ma doula, mon amie. Elle me répond d’une voix douce et me rassure au mieux. On se laisse en se disant que je la tiendrais au courant de l’évolution.
Je me lève du lit. Ça m’envahit d’un coup. Aucun doute. C’est une contraction et une bonne. Je la laisse partir et descends les quelques marches pour me rendre à la salle de bain. Mon amoureux me suit.
D’instinct, je m’assois sur la toilette. Une autre. Très forte cette fois. Je la chante déjà. De longs « aaahhh » s’échappent de ma bouche. J’agrippe les bras de mon amoureux et lui demande de ne pas me laisser toute seule. Je sens une forte pression dans mon bassin.
Une autre.
Mon amoureux appelle la sage-femme de garde pour l’aviser qu’on se dirige vers la maison de naissance. Je ne la connaissais pas.
Je profite de la pause pour faire couler un peu d’eau dans le bain afin de rincer le liquide avant de m’habiller. J’en prends une autre accroupie près du bain.
Mon amoureux s’empresse d’aller porter les bagages dans la voiture. Notre chat m’entend gronder et il court en boucles de la mezzanine au salon. Je sens que je l’effraie. J’essaie de me faire plus discrète, car les murs de l’appartement sont en carton, mais la sensation est trop intense.

Mes contractions sont très rapprochées et mon chemin vers la maison de naissance en est parsemé.
Une dans les escaliers de mon immeuble, une sur le trottoir, quelques-unes dans la voiture, une dans le stationnement de la maison de naissance.
Dans le hall, je m’effondre au sol pour en prendre une autre… Je sens, au regard de la sage-femme, que mon intensité est exagérée. Elle me propose les escaliers. Impossible. Je vois déjà le tour d’ascenseur comme l’ascension de l’Everest
Arrivée dans la chambre, j’atteins un nouvel état de conscience. Mes endorphines naturelles commencent à être libérées.
La sage-femme évalue mon col…
3+.
Je me dis: Seigneur! C’est déjà trop intense… La péridurale me passe aussitôt par la tête.
Rapidement, une nouvelle contraction m’arrache à toute pensée. Elle m’inonde.
Nuit du 23 octobre 2020
Je prends quelques contractions dans le lit, couchée sur le côté et quelques autres à quatre pattes, appuyée contre un ballon.
On passe au bain… Nouvel état de conscience. Je suis com-plè-te-ment stone.
Chaque contraction est une vague dans laquelle je fais le choix de plonger. J’ai confiance qu’elle ne durera pas toujours. Je la laisse m’immerger.
Au plus fort de la tempête, j’entrevois les abysses. J’ai peur de mourir.
La douce voix de ma doula résonne comme un écho lointain. Un rayon lumineux. « C’est beauuu, aaaccompagne ta cocotte, plooonge dans la vague… » Je serre sa main très fort.
Mon amoureux est avec moi dans le bain. Je me suis écroulée contre lui. Il est mon ancrage. Ma sécurité.
Je dors lourdement entre chacune des vagues. Je suis entre le rêve et l’éveil.

Mes derniers sons sont plus près des rugissements. La sage-femme propose une deuxième évaluation. J’accepte.
« Complet »
Il y a une étrange incompréhension dans la chambre.
« Quoi? Complet, comment? »
La sage-femme de répondre : « Complètement dilaté, c’est complet! »
Une joie apaisante. Une satisfaction.
J’ai une pause… Un sommeil hormonal.
Les vagues reviennent et repartent. Elles prennent de plus en plus de force. Je prends conscience que c’est de mon corps que provient cette puissance. J’ai confiance. Je visualise mon bébé descendre dans mon bassin.
Le cri primal.
Je nomme l’anneau de feu, cette sensation brûlante qui annonce que c’est bientôt la fin… Ou le début de tout. Les dernières contractions amènent mon bébé entre les deux mondes.
Bébé traverse et plonge dans la baignoire. Elle avait une main contre sa joue.
Notre cordon était court et m’empêchait de bien la prendre contre ma poitrine. On la passe sous ma jambe pour me l’amener.
Mes premiers mots de mère: « J’ai fait ça… Moi? » Et les larmes coulent.
Mon bébé pleure.

On offre à papa de couper le cordon.
On m’aide à sortir de la baignoire et à me déplacer vers le lit pour la délivrance du placenta.
Mon corps continue de travailler pour délivrer le placenta et une contraction à la fois, l’utérus reprend doucement sa place et sa taille.
Au bout de quelques heures suivant nos évaluations, tests, premières tentatives de mise au sein, nous arrivons tous les trois à trouver le sommeil.

Ce sera le début d’une belle histoire d’amour ponctuée de défis et de découvertes.

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« Elle est la plus belle saison de ma vie.
C’est un tourbillon, un grand vertige complètement doux. »
- Claudia
